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28 août 2019 3 28 /08 /août /2019 06:42

 

État des lieux

 

Après un léger ralentissement en 2015, puis à nouveau en 2018, les incendies de forêt ont connu une hausse spectaculaire en 2019 dans l’Amazonie brésilienne. De grandes quantité de monoxyde et de dioxyde de carbone ont été libérées dans l’atmosphère, ainsi que des cendres assombrissant le ciel de São Paulo. Des milliers d’animaux (paresseux, tamanoirs, singes, lézards, grenouilles etc) ont été tués dans les incendies ravageant également quantité de plantes endémiques.

 

D’après l’Institut de la Recherche Spatiale brésilien (INPE), 2254 km² de forêt amazonienne ont été détruits au Brésil en juillet 2019, soit presque quatre fois plus qu’en juillet 2018. Ce genre de divulgation a valu à cet institut le limogeage de son directeur, un scientifique renommé. Manifestement, cet éclairage contrarie les visées économiques du gouvernement Bolsonaro. Le président brésilien a même laissé entendre que les ONG étaient à l’origine des incendies !

Or, « le Brésil détient le triste record du nombre d’assassinats de défenseurs locaux des forêts. La plupart de ces meurtres ont lieu dans des régions où les terres étaient les plus accaparées pour le bétail et les plantations de soja. Des centaines de défenseurs autochtones ont été assassinés par des tueurs à gages embauchés par des groupes d’intérêt agricoles sans scrupules. » (Les derniers mystères de la viande – Rapport de Mighty Earth et Rainforest Foundation Norway – février 2017).

 

Climato-sceptique notoire, le président brésilien estime que les lois protégeant la forêt amazonienne sont un obstacle au développement et fait tout pour entraver le travail de l’agence brésilienne chargée de la protection de l’environnement. Son insinuation sur la responsabilité des ONG dans les incendies s’apparente donc à de la pure calomnie.

Le vieux chef kayapo Raoni (89 ans) ne s’y est pas trompé. Dans une déclaration faite à l’AFP le 24 août, Raoni souhaite le plus vite possible le départ de Bolsonaro, qu’il juge responsable de l’aggravation des incendies qui ravagent actuellement l’Amazonie.

Même l’écrivain brésilien Paulo Coelho a cru bon de s’excuser au nom de son pays pour les attaques personnelles menées par le gouvernement brésilien contre le président français et son épouse.

 

Ainsi, la forte pression internationale, ainsi que la décision de la France et de l’Irlande de suspendre le Mercosur (accord commercial avec les états d’Amérique du sud) font peser une sérieuse menace sur les projets de développement de Bolsonaro dans l’Amazonie brésilienne.

Mais en quoi ce projet est-il si important pour les entreprises brésiliennes et quel est le lien entre la déforestation de l’Amazonie et les consommateurs européens ?

 

 

La déforestation dans notre assiette

 

Certes, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine ne fait pas que des perdants. Le Brésil y trouve son compte, car la Chine a cessé de s’approvisionner en soja US pour se fournir en soja brésilien, afin d’alimenter ses élevages. Mais, ne serait-ce que pour diversifier ses clients, le Brésil a besoin de conserver le marché européen et la France est l’un de ses gros clients.

D’après les données de France Agri Mer rapportées par LCI, la France importe du Brésil 58 % des ses graines de soja et 63 % de ses tourteaux de soja destinés à nourrir le bétail français, principalement les élevages de poulets de chair et de poules pondeuses. (Pour être précis, il s’agit de 360 000 tonnes de soja brésilien et de 1,8 million de tonnes de tourteau de soja en provenance du Brésil pour l’année 2018).

Précisons que, bien que la culture du soja (non OGM) se développe en France, la production française est loin de pouvoir remplacer nos importations de soja brésilien.

 

Cela fait des années que les ONG, à commencer par Greenpeace, s’alarment de la déforestation amazonienne en faisant le lien avec notre propre consommation de viande.

Car les terres gagnées sur la forêt laissent invariablement la place à de la monoculture de soja OGM, à grand renfort de glyphosate (interdit sur les cultures françaises, mais pas dans les productions importées). Ou alors, les terres défrichées sont transformées en pâture pour zébus. Et le Brésil est le deuxième exportateur mondial de viande bovine, juste derrière l’Inde.

 

Le rapport de Mighty Earth cité plus haut met clairement en cause les chaînes de fast-food et en particulier Burger King dans la déforestation en Amazonie.

Les leaders de la restauration rapide s’approvisionnent en effet auprès de Cargill et Bunge, deux géants de l’agroalimentaire réputés pour leur manque de scrupules vis-à-vis de la forêt primaire. Ce qui fait dire à Gavin Edwards, coordinateur des campagnes Greenpeace sur la forêt : « Chaque fois que vous mordez dans un Chicken Mc Nugget, vous mordez dans un morceau d’Amazonie. »

 

Notre bétail étant nourri avec du soja brésilien, en persistant à manger de la viande, on contribue à la déforestation de l'Amazonie, et donc à la disparition de tous les spécimens de la faune et de la flore que l'on ne rencontre que dans ce biotope unique ; on favorise aussi la disparition des tribus indiennes chassées de leur territoire ancestral.

 

Par ailleurs, la déforestation perturbe gravement l'équilibre climatique. Avec l'intensification du déboisement, on a noté une raréfaction des pluies dans la région ces dernières années. Guy Roulier, qui connaît bien l'Amazonie, résume la situation : « Toutes les études récentes sur le réchauffement climatique convergent pour confirmer l'influence déterminante qu'exerce la forêt tropicale sur le climat mondial. Les climatologues s'accordent à reconnaître que le réchauffement climatique annoncé est multifactoriel, mais que les pollutions issues de l'activité industrielle auxquelles s'ajoutent les fumées de la déforestation risquent d'accélérer gravement le processus et de provoquer à court terme des catastrophes météorologiques en chaîne (ouragans, inondations, sécheresses...) ».

 

Avec des millions d’arbres abattus chaque jour, il est devenu urgent d'agir dans notre comportement quotidien. "Le meilleur moyen de lutter contre le réchauffement climatique serait de réduire massivement notre consommation de viande" (Fabrice Nicolino).

 

Pour en savoir plus sur la question, lire l'excellent article du Huffington Post :

Comment la ville brésilienne d’Altamira est devenue l’épicentre de la crise de la déforestation en Amazonie

 

 

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